Interview River Cleanup : Comment les drones renforcent la lutte contre la pollution plastique

Chaque jour, quelque 10 millions de kilos de plastique se retrouvent dans la nature, où ils endommagent les écosystèmes et finissent même dans notre chaîne alimentaire.
Consciente de cette réalité, River Cleanup développe un modèle international ambitieux pour prévenir et éliminer structurellement la pollution plastique : le Clean River Model. En 2025–2026, ce modèle sera testé en Belgique, en Indonésie et au Cameroun, avec l’objectif de démarrer dans 100 rivières d’ici 2030. ABN AMRO MeesPierson Belgique soutient une composante essentielle : le Drone Project, qui utilise des drones et l’IA pour cartographier plus rapidement et plus précisément la pollution plastique.
Nous avons parlé avec Thomas de Groote, fondateur de River Cleanup, et Hans Lenders, Head of Partnerships, de l’évolution de l’organisation, du rôle de la technologie et des ambitions pour l’avenir.
River Cleanup s’est fait connaître grâce aux actions de nettoyage. Est-ce encore votre priorité principale ?
Thomas : " Nos racines se trouvent en effet dans les cleanups et la sensibilisation. Cela reste important, car tout ce que nous retirons est immédiatement sauvé de la nature. Mais aujourd’hui, notre priorité est la prévention. Nous travaillons selon le Clean River Model, une cascade montrant que plus nous intervenons tôt, plus l’impact est grand et plus les coûts diminuent.
En réduisant et évitant l’usage du plastique, nous empêchons la création de nouveaux déchets. Si le plastique devient malgré tout un déchet, nous garantissons une collecte précoce et un meilleur tri via des programmes scolaires, des communautés locales, des conteneurs, des EcoBins et l’influence sur les politiques, afin d’éviter qu’il ne devienne un déchet sauvage.
Ce qui finit tout de même dans l’environnement est retiré aussi rapidement que possible sur la terre ferme, avant que cela n’atteigne les rivières. Enfin, nous traitons aussi la pollution dans les rivières elles-mêmes, notamment via des barrières à déchets et autres technologies, pour que le plastique n’atteigne pas l’océan. "
Qu’est-ce qui explique ce passage vers la prévention ?
Thomas : " La production de plastiques à usage unique augmente chaque année. Si rien ne change, le problème sera bien pire d’ici 2040. En même temps, nous voyons que les entreprises et les citoyens veulent continuer à avancer malgré l’attention politique fluctuante. C’est pourquoi nous construisons un modèle holistique dans lequel nettoyage, comportements, données et politiques se renforcent mutuellement. "
En quoi consiste concrètement le Clean River Model ?
Thomas : " C’est une approche évolutive et open-source, applicable partout dans le monde. Nous le testons actuellement en Belgique, en Indonésie et au Cameroun, et voulons être actifs dans 100 rivières d’ici 2030. Il englobe toutes les étapes de la sensibilisation aux conseils politiques basés sur les données. Le Drone Project y joue un rôle clé. "

Quel est l’objectif du Drone Project ? Où en êtes-vous ?
Hans : " Grâce aux drones et à l’IA, nous détectons la pollution plastique plus rapidement, objectivement et avec plus de précision. Les drones fournissent les images des berges et les modèles d’IA identifient les hotspots. Les informations nous aident à nettoyer plus efficacement, à organiser des actions de prévention et à informer les politiques ou les entreprises.
En 2025 et 2026, nous cartographierons au total 250 km de berges de l’Escaut — 125 km par an. Nous collaborons avec VITO, Accenture, Ayvens et Aether Fund, et ces données alimentent une future plateforme de données, le River Data Platform. Plusieurs journées de vol ont déjà eu lieu et des dizaines de kilomètres ont été monitorés. "
Comment le Drone Project contribue-t-il à votre fonctionnement global ?
Hans : " Bien cartographier est essentiel pour comprendre le problème, intervenir rapidement et utiliser notre temps et notre capacité de manière efficace — pour les actions de nettoyage comme pour les mesures préventives. Les drones et l’IA accélèrent tout ce processus. "
Dans quelle mesure la technologie accélère-t-elle votre mission ?
Hans : " Nous cherchons chaque jour la solution la plus efficace — parfois low-tech, parfois high-tech. Quelques exemples : drones + IA, audits de marques, collecte mobile de données, trash barriers… La technologie seule ne résout pas le problème, mais combinée à l’humain et au changement de comportement, elle accélère notre mission et ouvre de nouveaux rôles. "
Où se trouve aujourd’hui le plus grand accélérateur pour un changement durable ?
Thomas : " Le plus grand accélérateur, c’est la politique. Une politique ambitieuse crée le cadre et oriente les capitaux vers les bonnes solutions. En été 2025, à Genève, les gouvernements n’ont malheureusement pas réussi à conclure un Plastic Treaty. Nous devons donc continuer à pousser.
Un deuxième accélérateur, c’est la donnée. Beaucoup de données existent mais sont limitées, peu standardisées ou difficilement accessibles. C’est pourquoi nous construisons — avec PwC — une plateforme où toutes les données convergent. "
Que signifie la collaboration avec ABN AMRO MeesPierson Belgique ?
Hans : " La banque soutient le Drone Project par un financement en 2026 et surtout avec une vision partagée : utiliser la technologie et l’innovation pour l’impact sociétal. Ce n’est pas un sponsoring classique, mais un véritable partenariat. "
Comment voyez-vous l’évolution du Drone Project ?
Hans : " Notre ambition est que les protocoles open-source que nous développons soient utilisés dans le monde entier — de la Belgique à l’Indonésie et au Cameroun — et que toutes les données alimentent une plateforme internationale pour aider citoyens, entreprises et décideurs. "
Que peuvent faire les lecteurs ?
Thomas : " Choisissez des solutions réutilisables, réduisez votre consommation de plastique, triez correctement et participez à des cleanups locaux. De petits gestes font une grande différence.
Ce qui a commencé en 2017 comme une action de dix minutes avec mes enfants est devenu plus de 4 millions de kilos de déchets sauvés et 340 000 personnes mobilisées.
Et continuez d’exiger que les entreprises et les gouvernements prennent leurs responsabilités. Le vrai changement structurel commence là. "